On taxe le travail
Salaires, entreprise, consommation : l'essentiel de l'impôt pèse sur l'effort et la création de richesses, qu'il décourage.
Le géorgisme en France
Et si l'on taxait la valeur de la terre plutôt que le fruit du travail ? Une idée simple, ancienne et redoutablement efficace — le Loyer sur la Valeur de la Terre.
Le problème
Nos impôts frappent surtout ce qui est utile : le travail, la production, les échanges. Pendant ce temps, la valeur des terrains — créée par la collectivité tout entière — enrichit silencieusement ceux qui les possèdent. Ce déséquilibre a un nom, et une solution.
Salaires, entreprise, consommation : l'essentiel de l'impôt pèse sur l'effort et la création de richesses, qu'il décourage.
La hausse de la valeur des terrains, produite par la société, est captée sous forme de loyers et de plus-values par les propriétaires.
Détenir un terrain sans rien en faire devient rentable. Le logement se raréfie, les prix montent, les villes se figent.
Une idée née en 1879
Dans Progrès et Pauvreté, l'économiste américain Henry George pose une intuition lumineuse : la terre n'est le fruit du travail de personne, mais sa valeur est le fruit du travail de tous. Sa conclusion : la collectivité devrait récupérer cette valeur foncière plutôt que de taxer le travail et la production.
Le géorgisme, c'est ce principe — libérer le travail, socialiser la rente de la terre — traduit aujourd'hui en une mesure concrète.
Comment ça marche
Autrement appelé Land Value Tax (ou LVT), il s'agit du meilleur moyen de financer les services publics en taxant la terre plutôt que l'activité économique. La LVT serait calculée en fonction de la VALEUR des terrains, indépendamment du bâti.
Autrement dit : on ne taxe ni la maison, ni l'usine, ni le travail qui s'y déploie — seulement la valeur du terrain nu, celle que crée la présence de la ville, des routes et des services autour de lui.
Pour une fiscalité juste et efficace
En taxant la valeur de la terre plutôt que l'activité économique, on supprime les obstacles fiscaux à la création de richesses et on libère le potentiel productif des citoyens.
Quand on taxe l'activité économique, on réduit la quantité de richesses. En revanche, quand on taxe la terre, on ne peut pas réduire sa quantité, qui est fixe, mais on incite à mieux l'exploiter.
Quand la valeur de la terre augmente en raison du développement économique, les propriétaires en profitent à travers loyers et plus-values. Il s'agit d'un transfert de richesses des producteurs vers les rentiers, que la LVT permettrait d'éliminer.
En éliminant les taxes sur le travail, le bâti ou les échanges, ainsi que la rente foncière privée — désormais captée par l'État — la LVT permettrait d'augmenter le pouvoir d'achat des travailleurs et de réduire considérablement les inégalités et la pauvreté.
La plupart des impôts actuels sont déclaratifs, donc propices à la fraude ou à l'évasion. Ce n'est pas possible avec la LVT, car on ne peut ni dissimuler des terrains, ni fuir avec.
Étant un prélèvement direct, il serait aisé de connaître exactement le montant de ce que l'on paye à l'État, ce qui inciterait les électeurs à réclamer une meilleure gestion des dépenses publiques.
Étant impossible à frauder et simple à gérer, l'impôt sur la terre permettrait de réduire drastiquement les coûts de collecte et de surveillance du fisc.
A. Trannoy et É. Wasmer estiment la valeur taxable de la terre en France métropolitaine à 7 000 milliards d'euros : la LVT suffirait donc à financer la majorité des dépenses publiques. D'après A. Trannoy & É. Wasmer, économistes.
L'idée en une phrase
Un travail libéré de l'impôt, une terre au service de tous, un financement public juste et solide.
Objections & réponses
La LVT porte sur la valeur du terrain, non sur celle de la maison. Des dispositifs de report (paiement à la revente ou à la succession) et la suppression des autres impôts protègent les ménages modestes, tout en faisant contribuer les patrimoines fonciers les plus élevés.
La taxe foncière existe déjà : la LVT en est une version plus juste et plus efficace, centrée sur le seul terrain. Plusieurs villes et pays l'appliquent partiellement, et des économistes de tous bords la considèrent comme l'un des impôts les moins nuisibles qui soient.
Les marchés immobiliers et les données cadastrales permettent déjà d'estimer la valeur du sol séparément du bâti. La terre ne pouvant être ni cachée ni déplacée, cette évaluation est plus fiable et moins contournable que celle des revenus ou du patrimoine mobilier.
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Références fondatrices